Recroquevillées, à quelques encablures de l’héritage médiéval de Galway et des vertigineuses falaises de Moher, Inis Mór, Inis Meàin et Inis Oírr affrontent perpétuellement les bourrasques venues de l’océan Atlantique. Des terres dont la rudesse n’a d’égale que la virginité de ses paysages.

Petit archipel, longue tradition

En gaélique « Mór » signifie « grand ». Pourtant avec ses 12 km de long sur 3 km de large, cette île n’a rien d’un géant. C’est dire l’exiguïté de l’archipel qui se prête donc volontiers au vélo. Nul besoin d’être un sportif émérite pour le parcourir. Pas de course contre la montre non plus. D’ailleurs, ici, le temps semble avoir suspendu sa course. Immuables, ces îles ont conservé leur apparence d’antan. Celles que les premiers hommes leur ont conféré dès l’ Age de fer. Le ressac pour seule berceuse, ils y bravent, depuis des millénaires, la nature impétueuse. En témoignent les ruines préhistoriques qui parsèment l’archipel, dont l'indétrônable fort de Dun Aengus. Perchés au sommet d’une falaise, sur l’île d’Inis Mor, les vestiges de l’édifice trônent face à l’océan depuis l’an 1 100 av. J.C. environ. L’occasion de poser son vélo et de contempler l’horizon se diluer dans la mer. Autre relique, autre époque : Na Seacht dTeampaíll ou « les sept églises ». Construites entre le 8e et le 15e siècles, ces dernières ne sont pourtant que deux. Une référence au pèlerinage de Rome. Le fort de Dún Fearbhaí (4e siècle av J.C.) sur l’île d’Inis Meàin et le château O’Brien (15e siècle) sur celle d’Inis Oírr, sont autant de pierres garantes de l’Histoire des lieux. Au même titre que les murets labyrinthiques, disséminés aux quatre coins de l’archipel pour protéger les cultures contre les assauts du vent.

Une nature étourdissante

Si ces îles sont plus confidentielles que le comté de Kerry et ses paysages sauvages, elles n’ont pourtant rien à lui envier. Cernées de falaises déchiquetées, leurs côtes s’apparentent à d’immenses sculptures. Des remparts naturels au sommet desquels se déploient d’époustouflants panoramas. Au pied d’Inis Mór, The Worm Hole - une piscine naturelle creusée par l’érosion dans un tapis de roche - porte à nue la puissance des éléments. Rien ne leur résiste, sauf peut-être les collines verdoyantes. Plus à l’abri, à l’intérieur des terres, elles impriment leurs courbes sur les paysages. Des lignes douces qui rompent avec les aspérités des îles. Qu’il fait bon pédaler dans cette ambiance bucolique, accentuée par les landes et les tourbières dont les touches de couleurs évoquent des aquarelles à ciel ouvert. Une dichotomie entre suavité et âpreté dont l’archipel d’Aran, à l’image de l’Irlande, tire son magnétisme.