Unis autant par l’amitié que par l’amour des plantes, Arnaud Maurières et Éric Ossart travaillent ensemble depuis près de 30 ans. Une collaboration à quatre mains qui a donné naissance à des parcs et des jardins, publics et privés, aussi bien en France qu’au Mexique et au Maroc, où ils ont d’ailleurs posé leurs valises. Leur leitmotiv ? « Imaginer de nouveaux jardins mieux adaptés au climat, plus économes en eau et dont la végétation réserve tout autant de merveilles que celles des jardins traditionnels », explique Arnaud Maurières.

Renouveler l’art paysagiste

Qui dit jardin dit bien souvent pelouse taillée au cordeau, feuillage verdoyant et fleurs odorantes. Une image d’Épinal qui n’est autre que le reflet du jardin à l’anglaise, conçu au 20e siècle. « Or ce modèle a été imaginé dans l'un des pays les plus tempérés de la planète où les pluies tombent régulièrement et où les températures ne sont jamais trop chaudes, jamais trop froides. Ce climat est loin d'être le plus répandu ». Et pour cause, « les régions arides occupent plus de la moitié de la surface de la planète. Tant les évolutions climatiques que le manque d'eau global imposent un jardin plus raisonné, moins irrigué et plus imaginatif », détaille Arnaud Maurière. Un constat qui encourage le duo à repenser le jardin de sorte qu’il s’intègre parfaitement à son environnement. « Il faut adapter son esthétique au climat et se détacher résolument de cette tradition britannique ». Loin d’être une contrainte, pour eux, « l'aridité est un moteur de création » qui leur inspire « de nouveaux espaces, de nouvelles plantes, de nouveaux matériaux ». Une muse bienveillante au même titre que les merveilleux jardins arabo-andalous de l'Alhambra, « les associations végétales spontanées, les forêts, les plateaux de Madagascar, les landes de pierre, l'altiplano andin…» Et dans un autre registre « la peinture de David Hockney et la sculpture de Noguchi ». Vous l’aurez compris, l’inspiration est partout pour ce binôme fertile qui prône l’Éloge de l’aridité, ouvrage paru en 2016. Parfois, une simple plante peut, à, elle seule, faire germer une idée de création paysagère dans leur esprit. Elle leur suggère alors « d'autres végétaux pour l'accompagner, des pierres, des structures d'allées ou de murs qui nous semblent lui répondre ». Aux yeux d’Arnaud Maurières, « il n'y a pas de limite seulement d'heureuses découvertes ».

Le jardin d’aridité en question

Si dans l’imaginaire collectif le jardin d'aridité évoque les cactus, il ne saurait pourtant se résumer à ces seules plantes. « Contrairement à une idée préconçue, la diversité des végétaux de climat aride est plus importante que celle des climats tempérés et les floraisons peuvent être tout aussi abondantes et colorées ». Bien sûr, « les végétaux qui le composent sont choisis pour supporter des périodes de sécheresse plus moins longue sans devoir les irriguer constamment. Par exemple, toutes les plantes de garrigue, des lavandes aux cistes, sont parfaitement adaptées au jardin méditerranéen et beaucoup de plantes succulentes des déserts d'Amérique du nord ou d'Afrique du sud peuvent apporter un exotisme dont le jardinier est friand, sans nécessiter des soins particuliers ». Une abondance et une générosité à laquelle s’ajoute un profond respect de la nature environnante. « Le jardin d’aridité ne va pas à contre-courant de ce qui est mais s'adapte au site et s'imagine avec ce que l'on a. Par exemple, si le terrain est pentu, il n'est pas nivelé pour faire un plateau mais morcelé en terrasses pour structurer l'espace et garder au mieux les sols qui ne sont plus ravinés et l'eau de pluie qui ne dévale plus les pentes ».

Un jardin qui répond aux enjeux climatiques tout perpétuant l’exaltation de nos sens, c’est ça le jardin d’aridité. « Dans toutes les religions révélées, le paradis est un jardin : pourquoi attendre de ne plus être sur cette Terre pour s'y promener ? », conclut Arnaud Maurières.