Traditionnellement célébré pendant une dizaine de jours précédant le mercredi des Cendres, marquant le premier jour du Carême, le carnaval de Venise se déroule tous les ans selon le même calendrier. Les festivités réchauffent l’hiver et colorent gondoles, ponts et ruelles grâce aux lâchers de ballons multicolores, aux confettis festifs, aux costumes exubérants et aux masques déconcertants.

Un vent de légèreté et de liberté soufflé par les Vénitiens

À l’origine, c’est-à-dire au 10e siècle, le carnaval de Venise a été créée pour valoriser la cohésion entre les différentes identités des quartiers. Il s’agissait d’unifier le peuple Vénitien, fortement marqué par ses différentes classes sociales que le masque venait cacher. Chacun se choisissait un personnage, plutôt aux antipodes de son statut et de son quotidien, ainsi les pauvres devenaient riches et inversement. En revanche, pas question de s’en tenir là, il fallait incarner l’habit et se mettre dans la peau de son protagoniste. Un vent de légèreté et de folie douce soufflait sur toute la ville : aux oubliettes les conventions, au cachot la tradition ! Cette pratique en dit long sur la personnalité joviale des Vénitiens. Sans dessiner à traits grossiers les contours de leur caractère, on peut facilement déduire que la dérision et l’euphorie étaient deux composantes phares de leur identité. Transgression, liberté, frivolité et caricature viennent saupoudrer ces jours de festivités. S’il a longtemps célébré la prospérité de la République de Venise, le carnaval a aussi contribué à masquer son déclin.

Vers une image de plus en plus policée du carnaval

À cette époque, entre les 16e et 17e siècles, le carnaval ouvre les festivités à plusieurs pays d’Europe, princes et princesses venus d’ailleurs participent aux somptueuses fêtes. Il n’est donc plus d’actualité de troquer son statut contre un plus médiocre. Étouffez le paraître, il revient au galop. La noblesse campe sur ses positions sociales, l’art s’en mêle et renforce la tournure prestigieuse qu’est en train de prendre le carnaval de Venise. L’opéra s’invite à la fête, les masques et les costumes s’inspirent de plus en plus des personnages de la Commedia dell’arte. La fête n’est plus la même et ne prône plus les valeurs égalitaires originelles, de moins en moins célébrée, elle prend fin en 1 797, lorsque Venise passe sous domination étrangère avec l’arrivée des troupes de Napoléon. Jusque dans les années 1980, il y a plusieurs tentatives infructueuses pour faire revivre et redonner un sens populaire au carnaval. Au 20e siècle, avec l’impulsion, d'une part, de la Biennale de Venise, une manifestation annuelle organisée pour célébrer l’art contemporain et d'autre part, de La Fenice, l’opéra de la ville, l’idée de faire revivre le passé prestigieux de la République de Venise revient et les habitants se réapproprient la tradition. Si aujourd’hui, il n’a plus la même dimension qu’avant, le souvenir du carnaval d’antan retraverse les canaux de la ville et la culture du secret propre à Venise, comme en témoigne le Palais des Doges, reprend ses habitudes. La coutume sauve les apparences, ainsi Venise regagne chaque année sa ferveur d’autrefois et se voit gratifier régulièrement de plus beau carnaval du monde.

Les masques au cœur de la fête

Alors évidemment, vous pouvez en acheter un en plastique mais nous sommes bien loin de l’artisanat et du savoir-faire méticuleux que requiert la confection des masques. Privilégiez d’abord ceux en papier mâché certifiés locaux et traditionnels. La première étape consiste à mouler dans le plâtre ou dans l’argile la forme du masque puis de le recouvrir de fines bandes en papier mâché pour obtenir une surface plane et sans aspérité. Une fois les bandelettes sèches et uniformes, les artisans sortent leurs pinceaux redoublant de dextérité et de talent pour peindre les masques à leur guise. D’autres matériaux comme la céramique ou le cuir sont utilisés. Ceux en cuir représentent, pour la plupart, des personnages de la Commedia dell’arte comme Pulcinella ou Pantalone quant aux masques en céramique, ils tiennent lieu de décoration murale plutôt que de parade pour servir votre anonymat !