LOJTE – Pouvez-vous nous raconter la naissance d’Elyx ?

Yacine Aït Kaci – Elyx est le résultat d’un parcours éclectique. Petit, je voulais devenir dessinateur comme mon oncle qui était dessinateur de presse. Au moment de mes études, j’ai hésité entre les Arts Déco et les sciences éco. J’ai, finalement, été pris aux Arts Déco dans la première section multimédia. Nous sommes au milieu des années 90, à l’émergence du numérique. Passionné par le futur, j’ai toujours eu une vision prospective du présent dans mon travail. À l’origine d’Elyx, il y a un petit bonhomme qui s’appelle IXEL, je lui donnais vie dans la revue XL, à travers les pages et les différentes rubriques, je le faisais jouer avec la maquette du journal. C’est un personnage farceur, souriant, facétieux et parfois « sale gamin », il est plus adolescent qu’Elyx. Puis dans la deuxième décennie des années 2 000, on assiste à l’émergence des réseaux sociaux et je commence à mener une réflexion de fond sur le digital puis à l’étendre à la réalité. Mon smartphone devient l’équivalent du tube de peinture pour les impressionnistes, c’est ce qui va me permettre de sortir de mon atelier bardé d’ordinateurs et de câbles dans lequel je vis depuis 10 ans.

Quelle est la personnalité de ce personnage fictif ?

Elyx n’a pas de genre identifié, ni de culture, ni de langue. J’étais à la recherche d’un personnage avec une portée symbolique mais qui sortait d’un imaginaire, comme Le Petit prince. J’ai réfléchi à trois dénominateurs communs que l’on peut retrouver chez tous les êtres humains de la planète. Le premier repose sur la puissance intrinsèque du dessin. C’est le mode d’expression le plus enfantin dans lequel tout le monde se reconnait. Le deuxième dénominateur partagé par tous c’est l’enfance, ce moment de liberté totale, entre l’imaginaire et l’apprentissage du réel. Le sourire est le troisième. C’est un média positif très communicatif. En souriant, on ne dit pas juste quelque chose, on change l’état dans lequel on est. Elyx donne la possibilité de communiquer de façon universelle. Au fur et à mesure, il est repéré par les Nations-Unies pour les journées climat de New York en 2014. De fil en aiguille, Elyx devient le premier ambassadeur digital de l’ONU. Sa présence véhicule les valeurs qu’il porte comme la bienveillance, la gentillesse et la légèreté. Elyx ne va jamais pointer du doigt ce qui est mal fait, d’autres le font, je ne les critique pas parce que nous avons aussi besoin d’eux mais chacun choisit sa posture. Le slogan qui accompagne le personnage est « we are one », [« nous ne faisons qu’un »], c’est-à-dire que l’on forme une entité globale qui s’appelle l’humanité. D’ailleurs dans son nom Elyx contient cette notion avec le « YX » qui désigne le chromosome masculin et féminin. Le but c’est de diffuser partout dans le monde une onde positive sans que personne ne me le demande. C’est ma façon personnelle de fournir une énergie positive, non polluante et gratuite.

Mon rapport avec le public est basé sur la confiance - Yak, dessinateur d’Elyx, mascotte de la COP21

Comment allez-vous couvrir la COP21 ?

Sous différentes formes, surtout digitales et beaucoup par le biais des réseaux sociaux. Elyx sera un petit reporter, un peu comme un Tintin du 21e siècle. J’ai des partenariats avec une quinzaine d’initiatives différentes et notamment avec Solutions COP21 [forum des solutions des entreprises ouvert à tous qui se tiendra au Grand Palais du 4 au 10 décembre 2015]. Grâce à une application gratuite, il sera possible de faire une photo « climato-optimiste » avec Elyx. Je diversifie mes activités et si l’on suit Elyx dans chacune d’entre elle, on pourra voir à quoi ressemblera le monde de demain, ce monde multi-acteurs dans lequel nous sommes tous embarqués. L’heure n’est plus à vouloir concrétiser des initiatives seul dans son coin, les projets les plus forts sont des projets de convergence. Chacun avec sa culture et ses origines doit être capable de communiquer avec les autres et notamment sur les questions climatiques qui transcendent les frontières et les appartenances ethniques ou politiques. Il faut regarder l’avenir en se demandant si on veut rester accroché à cet ancien monde carboné qui contient dans ses gènes notre propre disparition ou est-ce que l’on veut aller de l’avant sachant que l’on en a les capacités et que les nouvelles solutions existent. À mon sens, il y a trois leviers d’actions principaux accessibles à tous pour y arriver : l’énergie, les transports et l’alimentation. Les trois appellent à des changements de comportements et de modèle. Je ne dis pas que c’est évident parce qu’on a été élevés avec certains réflexes mais ces évolutions sont nécessaires pour des questions environnementale et sanitaire. Il faut accompagner les citoyens et il faut que les industriels s’adaptent rapidement. Nous avons toujours fonctionné ainsi. À l’époque industrielle, on a arrêté de circuler à cheval et aujourd’hui nous allons arrêter un certain nombre de pratiques, nous sommes dans cette transition-là. Je fais partie des gens qui pensent qu’elle peut se faire de manière joyeuse, volontaire et positive en n’ayant rien d’utopique.

Vous trouvez qu’il y a un engouement pour la COP21 de la part des citoyens que vous rencontrez ?

Je suis trop impliqué pour avoir un avis objectif mais j’ai quand même le sentiment qu’il y a quelque chose qui est en train de changer. La question n’est plus réservée aux scientifiques, aux militants et aux spécialistes, c’est devenu une question publique au même titre que les droits de l’Homme ou l’accès à internet ou à la culture. J’ai été très impressionné par un sondage révélé par l’IFOP pour Solutions COP21 qui montre que 86% des français sont concernés et prêts à changer leurs habitudes de consommation alors que ce n’était pas le cas il y a six mois. Il y a un mouvement collectif en cours qu’il faut accompagner et amplifier. Cette situation induit toutes les questions portées par les objectifs de développement durable, comme l’égalité ou l’économie. Le sens de l’histoire part toujours d’une poignée de gens très motivés qui s’étoffe de plus en plus pour devenir une dune de sable. Je crois et j’espère qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas loin d’arriver à cette configuration.

Dernière question, dans quel endroit préservé aimeriez-vous emmener Elyx ?

Elyx a beaucoup plus voyagé que moi, il est allé à peu près partout dans le monde. J’aurais envie de l’emmener dans la ville du futur, une vision qui est actuellement quasiment entre la science-fiction et la solution. J’ai envie de le faire voyager de cette ville propre et sans carbone à la campagne. Je n’ai pas de destination physique précise à vrai dire mais peut-être qu’il irait en Antarctique pour faire un travail de sensibilisation sur nos excès passés. Sinon je l’emmènerai dans l’espace dans lequel il peut se rendre beaucoup plus facilement que moi afin qu’il puisse voir cette sphère, cette humanité qui forme ce « we are one ».

[Les propos de Yacine Aït Kaci ont été recueillis avant les attentats qui ont frappés Paris, le 13 novembre 2015, la restitution des propos et la rédaction de l’article ont été réalisées après.]