Des plongées scientifiques

Responsable du service plongée et moyens à la mer de l'Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM) - un centre de recherches sous tutelle du CNRS qui étudie les mystères des océans -, Erwan Amice encadre les explorations scientifiques en milieu marin. Le laboratoire avec lequel il collabore, notamment, est « spécialisé dans les animaux sentinelles qui peuvent nous expliquer ce qui se passe dans leur milieu naturel », éclaircit-il. Ces indicateurs fauniques permettent « de comprendre les changements climatiques ». À l’image de l’Arctica Islandica. « Ce mollusque présent dans les eaux froides de l’Atlantique nord possède une coquille qui renferme de nombreuses informations relatives à son milieu naturel, comme la température de l’eau. Plusieurs centaines d’années de données sont accumulées. Nous pouvons ainsi connaître l’évolution du climat sur plusieurs siècles ».

En général « ces expéditions naissent sous l’impulsion d’un chercheur qui souhaite étudier un phénomène naturel, animal ou végétal. Cela peut être le long des côtes bretonnes comme dans un lac en altitude ou en zone tropicale ». Mais avant de quitter ses bureaux situés à Plouzané, en Bretagne et de se jeter à l’eau, Erwan Amice doit d’abord prendre en charge toute la partie logistique « depuis l'achat ou la conception du matériel jusqu’à son acheminement sur les lieux de la plongée ». Une fois ces questions réglées, il peut faire le grand saut aux côtés des scientifiques. Débute alors « son rôle de soutien ou d'assistance ». Car comme il le rappelle « tous ne sont pas plongeurs et ceux qui le sont nécessitent de l'aide lors de prélèvements d'organisme vivant, par exemple. Il faut notamment vérifier leur équipement et avoir un oeil attentif sur eux ». En parallèle, il dégaine son appareil photo pour illustrer la mission.

L'irrépressible appel du large

Natif de Belle-Île-en-Mer, le plongeur entretient un rapport quasi fusionnel avec les profondeurs sous-marines. « Pour moi, il était inconcevable de vivre loin de la mer », confie-t-il. Afin de ne jamais perdre de vue les reflets argentés de l’onde, le Breton « oriente ses études et sa carrière vers un métier au contact de l’eau ». Notamment celles de l’Antarctique, continent auquel il voue un véritable culte. « C’est vraiment exceptionnel de nager dans les eaux polaires. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, sous la banquise il y a énormément de vie : des éponges, des algues, des oursins, des étoiles de mer...Les fonds marins sont tellement colorés qu’ils ressemblent à un récif corallien », s’exclame-t-il. Sa passion pour la photographie découle de cet amour inconditionnel. Une façon de servir la cause des océans « en montrant les beautés de la nature ».

Des desseins aujourd’hui concrétisés puisque le public peut désormais observer régulièrement ses clichés lors d’expositions. En mars 2017, ses instantanés seront affichés au Technopôle Brest-Iroise. Quand on lui demande quelle photographie il préfère, Erwan Amice répond avec détermination : « la prochaine ». Comme si rien ne pourrait jamais l’empêcher de sonder les profondeurs abyssales de l’eau et d’en capturer la beauté. Pas même les vacances. Aujourd’hui, si la mer est son bureau, elle est aussi sa soupape de décompression. « Même quand je ne travaille pas, je fais de la plongée pour le plaisir. J’ai du mal à prendre du repos loin de la mer ».

Une vie dédiée aux océans, que le CNRS a récompensé en en lui remettant la médaille de Cristal en 2016. Distinction décernée au personnel qui assiste les chercheurs au quotidien.