Trois syllabes pour une romance : É-tre-tat, ce village de pêcheurs transformé en résidence pour artistes n'a jamais fini de dévoiler ses atouts. Si la Normandie nous inspire des idées gourmandes et nous renvoie aux villages décrits dans les romans du 19e siècle, on pense aussi aux falaises de craie qui courent sur les côtes du Pays de Caux. On cherche l'aiguille creuse sur la carte avant de se souvenir que ce n'est " que " le titre d'un célèbre roman de Maurice Leblanc. L'ombre d'Arsène Lupin vient ajouter charisme et stature à la grâce éthérée de ces créatures de calcaire.

Des paysages tracés à la craie

Les falaises d'Étretat ne sont pas sans rappeler celles de Bonifacio dans le sud de la Corse. Toutes les deux constituées de roches calcaires, elles atteignent une centaine de mètres. Les ifs d'Étretat s'érigent en rempart naturel le long de la Côte d'Albâtre, forment un relief stratifié par le silex et donnent une lumière immaculée à ces paysages normands si joliment rendus dans le tableau impressionniste de Claude Monet, Les Falaises à Étretat (1885). La craie, sédiment marin, est souvent évoquée lorsque l'on parle des falaises, c'est une forme de calcaire généralement très fin et blanc. Cette roche tapisse aussi les plages ; point de sable blanc pour poser votre serviette mais des galets polis par le ressac des vagues, issus de l'effritement des pans de falaises dans la mer. Considérés intégralement comme patrimoine naturel au même titre que les falaises, des panneaux mentionnent l'interdiction de les ramasser. Pas de petit souvenir dans la poche ou de décoration intérieure fabriquée avec les galets d'Étretat donc ! Si on imagine que les arches et la fameuse aiguille sont le fruit de l'érosion, il n'en est rien. Une rivière souterraine a creusé son lit dans la falaise qui a reculé depuis, comme le suggère l'emplacement plus avancé de l'aiguille dont le calcaire plus dur a évité la disparition. Dans le prolongement des falaises crayeuses se trouve la Roche de Vaudieu, sa forme élimée posée sur la mer fait penser à une grand-voile blanche malmenée par le vent ou à la proue d'un navire.

En route pour le label Grand Site de France

"Une roche d'une forme étrange, arrondie et percée à jour, avait à peu près la figure d'un éléphant énorme enfonçant sa trompe dans les flots. C'était la petite porte d'Étretat" écrit Maupassant dans Une Vie. Pour que cette métaphore malicieuse puisse être admirée par les générations à venir, les falaises d'Étretat font l'objet d'une gestion écologique qui s'est intensifiée ces dernières années. En 2013, sur l'impulsion du département de la Seine Maritime et de la commune, elles ont rejoint le Réseau des Grands Sites de France, notamment pour bénéficier du savoir-faire en matière de sauvegarde et de protection des sites fragiles des autres membres actifs. Une étape majeure avant de décrocher le label Grand Site de France attribué par le ministère de l'écologie et du développement durable. Si montrer l'exemple en matière de préservation de l'environnement est une satisfaction de plus, ce label ne fait pas simplement office de vitrine du développement durable. "Si j'avais à montrer la mer à un ami pour la première fois, c'est Étretat que je choisirais"... Il semblerait que l'invitation lancée par Alphonse Karr, romancier du 19e siècle, ait été murmurée de génération en génération alors pour que l'âme romantique s'étende du Cap d'Antifer à Fécamp, l'enjeu de conservation est important, le temps et l'érosion ne jouant pas en faveur de la préservation de ce site qui frôle la sur-fréquentation en été.