Difficile d’accès depuis la capitale San José, située à 150 kilomètres, partir à la découverte de Monteverde ressemble à la quête du paradis perdu. En effet, ici plus que partout ailleurs au Costa Rica, la souveraineté de la nature et la vie intense qui jaillit des lieux nous rappelle que nous sommes bien de simples invités sur la planète. Une fois cette considération établie, c’est à pas de velours que l’on marche sur le sol fourmillant, d’une main délicate que l’on écarte les branches pour se créer un sillage et en retrait que l’on contemple la faune s’éparpiller sur ce formidable terrain de jeu.

Principauté du règne animal

Si chez nous autres bipèdes humains, la pluie ne force pas la convivialité, elle devient, chez les animaux un événement fédérateur. Avec un taux d’humidité frôlant les 100 %, la forêt de Monteverde peut se vanter d’accueillir une faune pléthorique. En effet, sous l'aile statique du colibri, l’animal emblème du Costa Rica, vous aurez le privilège d’assister à des scènes de vie animale inoubliables. Les paresseux partagent les mêmes branches que les singes capucins, à la seule différence que les premiers dorment paisiblement dessus tandis qu’elles servent de tremplin à ces agités de cébidés, de leur nom de famille. Pendant ce temps-là, quelques 500 espèces de papillons volent gracieusement au-dessus des feuillages humides. Une épaisse végétation qui sert d’abri au quetzal, l’oiseau que l’on ne pensait trouver qu’au Guatemala, et à 399 autres espèces. Sur la terre ferme, une centaine de mammifères dont le jaguar, le puma, l’ocelot, le coati que l’on compare volontiers au raton laveur, se partagent les quelques 22 000 hectares de la forêt tropicale dont une partie est considérée comme primaire, c’est-à-dire épargnée par l’empreinte humaine.

Un exemple de biodiversité qui s’étend sur tout le pays

Autre image lointaine qui plane sur le Costa Rica : l’impression d’une volonté sans borne de préserver le territoire. S’il est compliqué de connaître la genèse de ce mouvement vers la nature, les Costariciens ont compris très tôt qu’ils étaient garants d’une richesse exceptionnelle. Le pays comptabilise 5 % des espèces recensées sur la planète, cette impressionnante biodiversité explique sans doute la décision de laisser l’avantage à la nature. Aujourd’hui, les parcs nationaux et les réserves privées quadrillent 28 % du territoire, une curiosité qui crée un véritable tropisme pour le pays. Entre l’économie du tourisme et la préservation de son patrimoine naturel, le Costa Rica n’envisage pas de se développer en privilégiant qu’une seule de ces deux branches. Bien sûr, pour arriver à cet équilibre, le chemin sera long et comme partout ailleurs, la tentation de grandir en faisant fi de la nature est encore forte. Pourtant, comme pour faire taire les persiffleurs, le président du pays a annoncé son objectif d’être neutre en carbone en 2 021. Cette échéance ambitieuse aboutira grâce à l’aide de tous, des habitants comme des visiteurs de passage. Ainsi, les agences de voyage se lient à des associations qui proposent aux voyageurs de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre en faisant une donation pour la reforestation du pays, par exemple. Vraie solution ou promesse marketing ? Encore impossible à dire mais toujours est-il que cette alternative témoigne de la bonne volonté d’agir pour la planète et séduit de plus en plus les voyageurs soucieux de garder intact ce jardin d’Éden.