« Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été passionné par la nature et les animaux. Mais je ne suis pas un cinéaste animalier » insiste Jean-Michel Betrand. « Mon but est de raconter des histoires entre les hommes et la nature ». Le cinéaste parcourait déjà le monde depuis 30 ans lorsqu’il a décidé de retourner sur la terre de son enfance, dans le département des Hautes-Alpes.

Autour d’une histoire qui lui est chère, celle du retour de l’aigle royal dans la chaîne de montagne, il réalise Vertige d’une rencontre. Un film autofinancé qui sort dans une dizaine de salles en 2010. « Je voulais m’approcher de l’aigle qui était pour moi un oiseau fascinant. Raconter mon rapport à la nature et ma façon de la comprendre ».


Dans une vallée sauvage des Hautes-Alpes, il renoue alors avec le monde magique de son enfance et ses habitants : cerfs, mouflons, chevreuils, chamois… Sans s’en rendre compte, le cinéaste part sur la piste d’un autre prédateur, sur les traces du loup gris, revenu naturellement d’Italie depuis une vingtaine d’années.

(En)quête en milieu sauvage

Le loup sauvage n’est évidemment pas un animal qui se laisse approcher facilement. « J’avais bien conscience que j’allais faire un film sur un animal que je ne verrai peut-être jamais, reconnaît Jean-Michel Bertrand. Il m’a donc fallu poser des caméras à détecteur automatique aux bons endroits. Vérifier si l’animal était bien présent, comprendre son fonctionnement… » Une véritable enquête policière en pleine nature !

Au bout de trois mois, il tombe sur un loup. Son intuition était bonne, le loup avait bien élu domicile dans cette vallée, que le cinéaste choisit de garder secrète. Mais après cette première rencontre, il passe plus d’un an sans ne plus en voir aucun. « Pour qu’il se montre, j’ai dû peu à peu apprendre à faire partie de son paysage, à adopter les rituels de la vie sauvage pour ne pas l’inquiéter. »

Pour ce faire, Jean-Michel Bertrand décide de rester dans la montagne, été comme hiver, et de dormir sur un bivouac fixe. « Je me déplaçais toujours sur les mêmes chemins, aux mêmes horaires et je faisais mes besoins aux mêmes endroits. De même qu’avec les hurlements, une grande partie de la communication chez les loups passe par l’odorat ».

Le tournage commence en mars 2013. Jean-Michel Bertrand ne pose sa caméra qu’en juillet 2016, après plus de trois ans à vivre en pleine montagne au rythme des loups. Accompagné sur le terrain d’une équipe très restreinte (une cadreuse et un ingénieur du son), il remplit son pari. Celui de réaliser un film personnel sur sa condition de cinéaste en milieu naturel. Un contre-pied aux documentaires animaliers traditionnels.

« Un animal qui me fait rêver par sa rareté »

Pour Jean-Michel Bertrand, l’enjeu était de montrer qu’il était possible de réaliser un grand film de cinéma, aux images léchées, tout en restant très respectueux de la nature : « La nature sauvage, c’est ce que nous avons de plus précieux. Un monde presque magique d’endroits privilégiés à préserver à tout prix et qui posent de nombreuses questions sur le vivant, sur la cohabitation entre les espèces ».

Il y dévoile aussi les coulisses du tournage et sa façon de travailler sur le terrain, pour acheminer le matériel nécessaire jusqu’à la « Vallée des loups », par exemple. Tout comme le font les animaux, le cinéaste a choisi d’adapter ses déplacements aux saisons. À cheval à la belle saison et en ski de randonnée et peaux de phoque en hiver.

« Même si le sujet de mon film est le loup, son message concerne davantage la position de l’homme dans la nature, son adaptation », résume-t-il. Une véritable obsession pour le loup, qui n’apparaît au final que rarement dans le documentaire : « un animal qui me fait rêver par sa rareté ».

Son réel dessein ? Que les spectateurs s’identifient à cette aventure. « En quête d’un loup ou même d’autre chose, chacun peut vivre une aventure colossale à deux pas de chez soi. En me faisant me retrouver moi-même, le loup m’a fait grandir » souffle le cinéaste.

Une fois ses plans tournés, le chasseur d’images s’esquive à pas de velours. Il ne voudrait pas que le loup s’habitue plus encore à la présence de « l’homme qui dort dans la montagne », au risque de perdre son instinct sauvage. De même, il ne cherchera jamais à trouver la tanière de la meute filmée dans La Vallée des loups. Un espace sacré dont il entend respecter le secret et la magie.

Dans les salles depuis le 4 janvier 2017