Fatiguée par le stress et l’hyperconsommation, Audrey Regnaut quitte Paris, il y a huit ans, pour la Touraine. Elle se rapproche alors de l’essentiel : sa famille et la terre. « J’avais besoin d'autonomie, de savoir ce que je mange, d'apprendre à mes enfants à se nourrir eux-même dans le respect de la nature ». Celle qui n’avait pas une minute de répit découvre le « maternage » et le plaisir de cuisiner des aliments en provenance directe de son jardin. Les prémices d’une nouvelle vie, dont germera, cinq ans plus tard, l’oasis Kerlanic dans les Côtes-d’Armor.

L’histoire d’un retour aux sources

Si Audrey a vécu en région parisienne, elle a toujours cultivé un attachement très particulier pour ses racines rurales. « Quand j’étais petite, mes grands-parents avaient une ferme. Plus je grandissais et plus j’étais nostalgique de ces moments où tout le monde s’entraidait pendant la moisson », confesse-t-elle. Son souhait le plus cher ? « Recréer un petit village familial et autonome ». C’est lors d’un séjour en Bretagne qu’elle trouve l’endroit idéal : une ferme du 17e siècle située à Plélauff, à une centaine de km de la magnétique Côte d’Émeraude. « Quand je suis arrivée, l’endroit était abandonné depuis 20 ans et la nature avait repris ses droits », se souvient-elle. Bien qu’il n’y ait ni électricité, ni eau courante et que la demeure ne soit pas habitable en l’état, c’est une évidence. Son nouveau havre de paix se tiendra ici. L’occasion de rejoindre indéfiniment la Bretagne et ses paysages maritimes. « J’ai une attache très spirituelle et physique à cette région. Á chaque fois que je le pouvais, je m’y rendais. Mes vacances, je les passais en Bretagne. Il était temps d’arrêter les allers et retours ».

Un endroit où vivre autrement

Sa ferme, Audrey aurait pu choisir de la garder pour elle et ses proches. Au lieu de cela, elle en a fait l’épicentre d’une communauté écoresponsable. Aujourd’hui, 10 personnes - dont elle et son fils - y vivent à temps plein, et en communion avec la nature. Autonome en énergie, le domaine de Kerlanic est alimenté via deux panneaux photovoltaïques. « Nous ne sommes raccordés à aucun réseau extérieur », précise Audrey. En ce qui concerne l’autonomie alimentaire, « nous sommes sur le chemin grâce à la permaculture notamment ». Exit les supermarchés, les habitants vont chercher leurs oeufs aux poulaillers et leurs légumes au jardin. Pour le reste, « nous nous approvisionnons uniquement chez des producteurs locaux que nous connaissons. Nous ne cherchons pas seulement du bio, nous cherchons de l’éthique ». Très attentive à la préservation des ressources naturelles et de l’environnement, la communauté est passée maître en l’art du compostage. « Nous avons même des toilettes sèches ». Autant d’engagements qui valent à la ferme de Kerlanic de rejoindre le réseau oasis Colibris, en 2015. Mouvement porté par Pierre Rabhi, l’un des pères de l’agriculture biologique.

Mais Kerlanic, c’est aussi un lieu d’accueil « pour les personnes qui cherchent quelle direction prendre ». Certains y passent une nuit, une semaine, un mois. « D’autres viennent simplement boire un café ». Seul impératif, participer aux tâches quotidiennes car ici, un seul mot d’ordre : solidarité. « En général, ils passent les deux premiers jours à observer. Quand ils me demandent ce qu’ils peuvent faire pour aider, je leur réponds : qu’est-ce-que tu as envie de faire ? » Beaucoup ont avoué à la jeune femme à quel point cette aventure les avait changé et incité à penser autrement.

Désormais, Audrey ne veut plus se contenter d’attendre que les gens viennent à elle. Elle souhaite, en effet, se lancer dans un tour de France pour prouver à tous qu’il est possible de vivre autrement.