Sur « l’île des dieux », comme on l’a surnomme, il n’existe d'ailleurs pas de mot permettant la distinction entre le sacré et le profane. Même les danses destinées aux hommes abordent des thèmes religieux. Que le spectacle commence !

La danse, communion avec les dieux

Si la danse balinaise cultive tant l’art de la séduction, c’est qu’elle est destinée aux dieux pour les remercier de leur gratitude. Afin de maintenir l’équilibre fragile entre les puissances divines et démoniaques, ce cadeau doit être le plus beau possible. L’esthétique est donc indissociable de la pratique elle-même. Costumes chatoyants, en tissus batik, ornés de perles et de fleurs, bijoux extravagants et maquillage appuyé complètent le spectacle. Il faut des heures de préparation aux danseurs avant de pouvoir rejoindre la scène. Et pas n’importe laquelle : la cour du temple. Selon leur degré de sacrement, les danses ne se déroulent pas au même endroit. Les « wali », les plus sacrées de toutes, investissent la cour intérieure « mandala utama », pendant que les « bebali », les semi-sacrées sont exécutées dans la cour intermédiaire « madya mandala ». Les « balih-balihan », destinées au peuple terrestre, ont, elles, lieu à l’extérieur du temple. Confortablement installé au milieu de la foule, vous vous demandez ce que l’on attend pour démarrer les festivités ? Les puissances divines, bien sûr ! Ce n’est qu’une fois que le prêtre leur a lancé un appel que le coup d’envoi est donné.

La technique au service du sacré

Soudain, les percussions retentissent à l’unisson et la liesse ne fait plus un bruit, emportée par l’étrange combinaison de sonorités. Xylophones, gongs, tambours sont réunis en un orchestre traditionnel, le gamelan. Chaque instrument a été fabriqué et accordé spécialement pour une formation en particulier. Tous les gamelans possèdent donc leur propre identité sonore. Les regards se tournent alors vers les danseurs, prêts à conquérir le coeur des dieux. Parmi les prestations scéniques les plus populaires de l’île : le barong, cette danse sacrée qui met en scène la lutte entre le bien et le mal. Un duel au sommet entre le barong, créature mythologique proche du dragon symbole des puissances bienfaitrices, et la sorcière Rangda, personnification du mal. Rassurez-vous, le bien fini toujours par triompher. Si les costumes effrayants ne vous séduisent guère, laissez-vous tenter par le legong, une prouesse d’habileté destinée à divertir le public. Cette danse sensuelle est exécutée exclusivement par des femmes : les nymphes célestes. Celles-ci donnent vie au plus grand poème épique de la mythologie hindoue, le Mahabharata. Très précise, elle requiert un apprentissage de longue haleine auquel les danseuses se soumettent dès leur plus jeune âge. Battement des cils, mouvement des yeux, jeu de mains tout doit être parfaitement coordonné. Alors, c’est un véritable poème qui prend vie et dont on ne saurait détacher le regard, envoûté par l’enchevêtrement de gestes lascifs et de dorures.