Les jardins partagés font aujourd’hui partie du paysage urbain au même titre que les grandes avenues et les réseaux de transports en commun. Pourtant, quand en 2008, Jean-Jacques Fasquel interroge son bailleur pour transformer l’ancienne aire de jeux désaffectée de son immeuble en site de compostage, il est le pionnier dans la capitale. Du compost au jardin collectif, il retrace pour nous cette aventure, à la croisée de la biodiversité et de la convivialité.

Du compost au jardin collectif

Si l’histoire débute avec « le premier site de compostage au pied d’un immeuble à Paris », elle se poursuit, deux ans plus tard, avec l’inauguration du jardin de 300 m² et des ruches. « Nous avons divisé la surface en 45 parcelles de 2 m par 1 m puis nous avons fait un tirage au sort pour les attribuer. Bien sûr, nous avons gardé des espaces collectifs, où nous cultivons des fruits rouges, des plantes aromatiques et quelques fruitiers », explique-t-il.

En 2013, « nous avons installé un poulailler collectif. Sans doute l’un des premiers au pied d’un immeuble parisien ». Et qui dit collectif dit devoir. « Quand “ les locataires sont de poule”, comme nous disons, ils doivent notamment nourrir les animaux, nettoyer le poulailler… ». Des tâches pas toujours plaisantes mais qui se font vite oublier quand il s’agit de manger les bons oeufs frais. Et ça, pour Jean-Jacques, « c’est une véritable récompense ». Après la dégustation, les habitants pourront bientôt se détendre au bord d’une mare, dernier projet en cours de réalisation. « L’idée est que l’écosystème de notre jardin soit le plus complet possible », précise-t-il. Une initiative qui séduit les habitants du 107, de plus en plus nombreux, au fil des années, à rejoindre son créateur. Pour preuve, alors qu’ils n’étaient qu’une vingtaine de participants en 2008, ils sont aujourd’hui près de 80. « L’union fait la force », un proverbe qui est aussi vrai en matière de compostage puisque, ensemble, ils recyclent près de 8 tonnes de déchets alimentaires par an.

Alimentation locale et convivialité en partage

Tout au long de l’année, les locataires récoltent les fruits de leur travail. Réunis dans les parcelles collectives, ils ramassent pommes de terre, tomates, courges ou encore haricots puis les dégustent ensemble. Ces produits locaux cultivés par leurs soins « ont obligatoirement un supplément d’âme ». Loin de viser l’autosuffisance alimentaire de l’immeuble, ce qui ne serait pas atteignable au vu de la superficie du terrain, Jean-Jacques souhaite d’abord « mettre en avant les vertus du cycle court ». Le tout, dans la joie et la bonne humeur.

« Une fois par an, nous organisons une fête du jardin. Chacun amène un plat à partager ». Une façon de tisser du lien social entre les habitants. Qu’ils « viennent pour le plaisir de jardiner, pour éduquer leurs enfants ou pour le compostage », il l’assure : « avec le temps, le jardin est presque devenu l’accessoire de la relation conviviale ». Un microcosme végétal qu’il ouvre volontiers au public, notamment lors de la semaine du compostage. Car fort de cette expérience, Jean-Jacques est devenu maître-composteur. « Cela fait maintenant sept ans que j’accompagne des projets de site de compostage, aussi bien dans des immeubles que dans des établissement scolaires ou dans des entreprises ». De quoi aller glaner quelques conseils auprès de l’expert pour en prendre de la graine !