Selon Lydia et Julien du blog Nowmads, les népalais ont un profond respect pour l’environnement. Le peuple des Gurungs, installé dans les petits villages de l’Annapurna, montagne himalayenne figurant parmi les plus hautes du monde (8 091 mètres), confirme les dires du couple. Cette ethnie est notamment réputée pour abriter des chasseurs de miel. Plus qu’un métier, la récolte de ce breuvage sucré est pour eux une tradition ancestrale qui se transmet de génération en génération. Un métier qui nécessite agilité, sang-froid et communion avec la nature. Car, cette chasse n’est pas sans danger.

Un métier à haut risque

Les ruches, nichées dans les contreforts rocheux des falaises vertigineuses, ne sont accessibles que par des échelles en corde tressées à la main par les Gurungs. Ces dernières sont ainsi attachées aux racines d’arbres, avant d’être jetées dans le vide. Ces apiculteurs d’un autre temps passent deux à trois heures suspendus dans les airs, au-dessus de la jungle, pour rapporter le précieux liquide sécrété par les abeilles, reines nourricières. Le danger émane également d’elles. Les Apis laboriosa, atteignant pour certaines 3 cm de long, sont une espèce réputée pour leur dangerosité. Une seule piqûre obligerait celui qui l’a reçue à remonter afin de se faire soigner. Raison pour laquelle les hommes opèrent avec la plus grande prudence, stoppant tous mouvements pendant de longues minutes, au moindre signe d’agitation des insectes.

Avant chaque collecte – qui a lieu deux fois par an – les Gurungs prennent soin d’enfumer les abeilles, la nuée grise permettant d’inhiber leur réflexe d’attaque, mais aussi de les désorienter. Pas question non plus de partir à la chasse sans qu’ils se soient livrés à quelques rituels. Les chasseurs de miel invoquent l’âme des forêts et prient les dieux des falaises. L’offrande de fleurs, fruits et riz et le sacrifice d’un animal, souvent un coq - qui sera cuisiné au curry, puis dégusté au déjeuner - fait partie de leurs rites. Une façon pour eux de se faire pardonner de perturber la nature et de demander sa clémence.

C'est suspendus dans le vide que les Gurungs chassent le miel.
C'est suspendus dans le vide que les Gurungs chassent le miel.

Le miel népalais, or rouge de l’Himalaya

Si ce miel est vendu sur les marchés des villages, à l’état pur ou sous la forme d’un thé, sa renommée a dépassé les frontières du Népal. Les Japonais, les Chinois et les Coréens s’arrachent à prix d’or ce miel rougeâtre, aux nombreuses vertus. On lui prête notamment des pouvoirs relaxants, calmants, aphrodisiaques et enivrants. En cause, une substance chimique contenue dans le rhododendron, fleur butinée par les abeilles de la région de Pokhara. Un miel qui, s’il est à consommer avec modération donc – pas plus de trois cuillères par jour selon les Gurungs – serait l’un des secrets de la longévité de ce peuple.