Nous sommes en Italie et pourtant les îles Éoliennes prennent des airs d’Arcadie, terre du Péloponnèse, source d’inspiration artistique et puissant symbole de la cohabitation harmonieuse entre l’Homme et la nature. La comparaison avec la mythologie grecque ne s’arrête pas là puisqu’Éole, maître des vents, aurait donné son nom aux îles en s’y réfugiant pendant la Guerre de Troie. Quant au décor naturel, les maisons blanches peintes à la chaux et les massifs de bougainvilliers qui habillent les murs en pierre participent à la réminiscence des paysages helléniques.

Cabotage autour des îles Éoliennes : de Vulcano à Lipari

S’il y a plusieurs départs possibles, le plus simple est de se rendre dans la baie de Milazzo dans la Province de Messine, une terre en forme de doigt crochu qui indique la direction des îles, avant de se noyer dans la mer Tyrrhénienne. Première escale à Vulcano qui réserve un accueil odorant, annonciateur d’un territoire volcanique. En effet, le soufre chatouille les sens avant de s’immiscer dans la mémoire olfactive. Les bains de boue et l’ascension du volcan attirent les voyageurs adeptes de paysages bruts et d’expériences insolites. Le chapelet d’îles s’égrène rapidement tant la distance entre Vulcano et Lipari est minime. À peine une demi-heure de bateau et vous voici à Lipari, l’île principale de l’archipel au dynamisme inspiré par les dernières lumières virevoltantes de la côte sicilienne. Lipari est réputée pour ses carrières de pierre ponce qui tapissent de part et d’autre les fonds marins. Une caractéristique devenue un commerce, ce qui explique que l’île soit peuplée toute l’année en nombre contrairement à d’autres. Les différents panoramas offerts notamment par la citadelle propulsent ses voyageurs vers de nouveaux horizons dans lesquels la civilisation s’efface peu à peu.

Et de Salina à Panarea

Face à la proue du bateau, le relief conique de Salina se dessine précisément au fur et à mesure de la traversée. Deuxième île la plus importante de l’archipel, elle est aussi annoncée comme un nid de verdure fertile. Bon équilibre entre l’animation estivale et le calme requis par les voyageurs en quête de repos, Salina semble avoir trouvé son rythme et son identité au cœur de l’archipel. Viennent ensuite les îles au coude-à-coude : Alicudi et Filicudi, ceinturées d’eau comme toutes les autres, la mer agit pourtant comme un rempart pour mieux les préserver.

Terres arables, des deux îles jaillissent figuiers, oliviers, pieds de vignes et câpriers : un échantillon concentré de toute l’Italie, en somme. Avant d’aborder le Stromboli, ne reste plus que la coquette Panarea, la plus huppée d’entre toutes. Si chaque année, elle perd de son âme en accueillant un tourisme de plus en plus luxueux, elle reste néanmoins mythique en ayant servi de décor à L’Avventura. Ce film de Michelangelo Antonioni, célèbre réalisateur italien, immortalise l’époque où l’île ne possédait ni eau chaude, ni électricité.

L’ascension du Stromboli

Spectacle naturel permanent, le Stromboli n’a pas fini de subjuguer ses visiteurs venus arpenter ses flancs escarpés. La fumée du Stromboli fait office de lumière dans la nuit pour situer les marins, si bien qu’on le présente comme le « phare de la Méditerranée ». Bien installé par 3 000 mètres de profondeur marine, il culmine sans prétention à 923 mètres d’altitude et n’en est pas moins menaçant. Environ toutes les quinze minutes, sa majesté postillonne des projections de lave depuis 2 500 ans. Accompagnés d’un guide (et uniquement ainsi), la montée et la descente du Stromboli dure environ quatre à cinq heures. L’escapade est solennelle, le sol tumultueux frémit sous les pas et le silence accompagne les soubresauts de la Terre : une escapade inoubliable et puissante.

Mystérieuses sans être hostiles, la beauté accidentée des îles Éoliennes leur confère un statut à part, bien loin du faste ostentatoire dont se parent, malgré elles, certaines îles victimes de leurs attributs naturels trop consensuels.