"Jatiluwih" signifie "vraiment merveilleuse" en indonésien, pas de doute, les récits des voyageurs convergent tous dans la même direction et les superlatifs s'enchaînent pour décrire la beauté des rizières de Jatiluwih. Tout autour du Mont Batukaru, ces larges escaliers verts accueillent la majeure partie des cultures de riz, aliment inconditionnel et nourriture sacrée d'Asie. A Bali plus qu'ailleurs, il est de tous les repas, de toutes les fêtes et se décline du matin au soir dans les cuisines.

Récolte et irrigation : la marche à suivre

La culture du riz est un travail fastidieux qui nécessite une organisation complexe. D'abord, elle requiert une quantité d'eau colossale qui est parfaitement gérée par les paysans. L'irrigation commence par la rizière la plus haute, puis grâce aux canalisations, l'eau s'écoule dans les terrasses en contrebas. Quand la culture arrive à maturation, les tiges sont coupées et décortiquées ensuite dans les villages (une tâche exclusivement féminine !). Les tiges restantes sont brûlées, les rizières inondées et les jeunes pousses replantées une par une : une exclusivité masculine, cette fois-ci !

Le subak : un système d'irrigation coopératif unique

La récolte du riz a lieu plusieurs fois par an suivant une série de rites dédiés à Sri, la déesse du riz. Cette récolte se fait à différents moments de l'année en fonction de l'irrigation et de la distribution de l'eau suivant un savant protocole mis en place par des communautés de paysans : le subak. Son rôle ? Répartir équitablement et démocratiquement les quantités d'eau nécessaires pour conduire les cultures de riz à terme. Chaque riziculteur est membre d'un subak et lorsqu'il rencontre un problème ou un conflit lié à l'irrigation, il fait remonter la requête à sa communauté chargée de la gestion de sa rizière. Ce système unique à Bali est d'une grande efficacité puisque l'île est l'une des plus productives de l'archipel indonésien, grâce à ses deux récoltes par an. Ces sociétés d'irrigation reposent sur le principe philosophique du Tri Hita Karana (comme le rappelle l'Unesco dans son titre descriptif) qui consiste à faire régner harmonieusement les domaines de l'esprit, du monde humain et de la nature. Une pensée écologique avant l'heure en somme puisque ce concept régit les terres balinaises depuis le 9e siècle. Les temples d'eau et les rituels associés sont intimement liés au bon fonctionnement de ce procédé et collent au principe philosophique qui souligne l'harmonie entre plusieurs éléments mais aussi la dépendance de l'homme à la nature.

Un système d'irrigation sous protection

Ces paysages qui forgent la culture balinaise sont inscrits à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, sans doute conscient de la vulnérabilité des rizières et de l'importance qu'il y a à préserver ces modes de culture, malmenés par l'affluence touristique et par l'introduction de nouvelles pratiques agricoles. Même si ce système n'est pas menacé, il est essentiel de contribuer à sa préservation et de sauvegarder son authenticité.