En 2002, San Francisco annonce son "Zero Waste plan" (plan zéro gâchis). Surréaliste, utopique, illusoire... le champ lexical de l'imaginaire va bon train. La ville se moque des palabres et parsème son chemin idéaliste de poubelles de recyclage, supprime les sacs plastiques de son passage, argumente à coup de bennes bleues, vertes et noires, légifère au cas par cas afin de voir un jour fermer sa déchetterie. Un défi innovant qui pourrait se révéler gagnant puisque douze ans après, la ville répond par la preuve et dégaine son chiffre-clé : 80 % des déchets sont recyclés ou compostés. San Francisco fait office d'exception au milieu du 2e pays le plus pollueur de la planète. Lorsqu'on sait qu'un américain produit en moyenne 700 kg de déchets par an, changer les mentalités, faire confiance, prendre de nouvelles directions pour montrer que tout n'est pas figé et installer sa légitimité sont des arguments à ne pas négliger.

Une frenchie anti-gaspi aux Etats-Unis

"Refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter et seulement dans cet ordre" sont les préceptes de vie de Béa Johnson et de sa famille. Installés depuis des dizaines d'années aux Etats-Unis avec toute l'acquisition matérielle qu'induit le rêve américain, les Johnson ont pris un virage vert en 2008. Touchée par la crise, Béa relativise. Et fait le choix d'une vie épurée sans se priver : "contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, ce mode de vie ne nous prive pas, au contraire il l'enrichit puisqu'il permet de faire des grosses économies de temps et d'argent, et améliore nettement la santé". En effet, elle nous explique que son mari, Scott, était légèrement dubitatif quant à cette nouvelle organisation du quotidien fastidieuse, onéreuse. Il s'avère que l'avant/après du coût de la vie est révélateur : les relevés bancaires de la famille affichent une économie de 40 %. Pour Béa, cela ne fait aucun doute, sa démarche va dans le bon sens : adieu faste et paillettes, bonjour sagesse et lingettes (réutilisables, il va sans dire !). En revanche, sobriété ne rime pas avec austérité, pas question pour eux de revenir à un mode de vie archaïque, il s'agit simplement de se désencombrer, d'envoyer valser le superflu pour parvenir à l'essentialité : "notre mode de vie zéro déchet est maintenant basé sur les expériences et non pas sur les biens matériels. Il n'est plus axé sur le verbe "avoir" mais sur le verbe "être". Ce mode de vie nous permet de jouer davantage et de passer plus de temps ensemble". Consciente qu'il faut un temps d'adaptation, dans son livre et sur son blog , Béa dresse un inventaire des gestes zéro déchet et des alternatives réutilisables pour les familles qui voudraient s'inspirer de ce mode de vie allégé.

"Zero Waste", l'élan outre-Atlantique

Né en Californie, le mouvement "Zero Waste" voyage. Les efforts menés sont immenses et suscitent l'engouement chez leurs voisins de Seattle ou à Mill Valley, résidence des Johnson, qui "s'inspire des lois et services mis en place dans cette ville modèle, telle que la mise en place du ramassage de compost". En France, on s'achemine vers ce qui est considéré encore comme un idéal en favorisant des démarches territoriales "zéro gaspillage, zéro déchet" encouragées par le ministère de l'environnement. Le mot de la raison revient à notre frenchie zéro gaspi : "il revient à chacun de discerner les potentiels zéro déchet de sa région et de les exploiter au maximum. C'est ce que nous avons fait en Californie, c'est ce que nous faisons quand nous voyageons. L'engagement du consommateur est bien plus déterminant que ce que l'on pense".

Et nous, on s'y met quand ?