« C’est une relation vieille comme le monde, résume l’ethnologue. Depuis que l’homme est homme, il va recueillir le miel et les larves des colonies sauvages d’abeilles. Des denrées très prisées pour leurs propriétés énergétiques. Mais pour que cette récolte se déroule sans risque, il a souvent dû apprendre à connaître de façon précise l’insecte… »

Les savoir-faire autour de la collecte du miel sont au cœur des recherches en Indonésie de Nicolas Césard. Surtout quand ils diffèrent des traditions de notre apiculture moderne. Sur l’île de Bornéo, l’ethnologue est parti dans les villages à la rencontre des collecteurs et autres chasseurs de miel. Des hommes qui côtoient au quotidien l’abeille géante asiatique, ou Apis dorsata.

Sur les traces de l’abeille géante en Indonésie

Comme les Gurungs de la montagne himalayenne, les collecteurs de miel indonésiens pratiquent une récolte en milieu sauvage. L’abeille géante ne pouvant être domestiquée, il faut se rendre où elle niche pour récolter son précieux nectar : au sommet des arbres ou à flanc de falaise. Une apicollecte risquée que pratiquent les villageois rencontrés par Nicolas Césard : « Les essaims s’installent en pleine forêt. Chaque colonie forme un rayon unique, souvent très gros. J’observe, je participe aux récoltes et je prends note des lieux de collecte ainsi que des techniques mises en place : de l’aménagement des sites et l’installation des échelles pour grimper aux arbres à l’enfumage et à la récolte du miel, en passant par le pressage qui se fait encore bien souvent à la main. »

Dangereuse pour les hommes, cette collecte est aussi destructrice pour les colonies : « J’incite les collecteurs à laisser une partie du rayon sur place pour que les abeilles puissent revenir. En partant des savoirs locaux, j’établis des recommandations qui visent une meilleure gestion des colonies, pour l’avenir des abeilles mais aussi des hommes qui vivent de son exploitation ». Grâce à des associations locales comme l’ONG Riak Bumi œuvrant pour la préservation des forêts, les recherches de Nicolas Césard sont ensuite transmises au niveau national dans l’idée de diffuser les bonnes pratiques pour une collecte plus durable mais aussi plus hygiénique. Une dimension appliquée à laquelle tenait le scientifique.

Une exposition pour sensibiliser le public

Rouvert au public depuis 2015, le musée de l’Homme, à Paris, reste au cœur de l’actualité de la recherche grâce à son programme « Sciences en marche ». Du 20 mai au 27 novembre 2017, l’espace du Balcon des sciences accueille une exposition-dossier dont Nicolas Césard est le commissaire scientifique. « Les collecteurs indonésiens du miel de l’abeille géante pratiquent une forme d’apiculture que le public ne connaît pas. Je voulais la faire découvrir au plus grand nombre, en France comme en Indonésie », souligne l’ethnologue.

Traduite en anglais mais aussi en indonésien, l’installation a vocation à être montrée dans l’archipel pour faire connaître l’abeille géante mais aussi diffuser le développement de cette forme originale de collecte durable. Une recherche investie que l’ethnologue est encore loin d’avoir mené à son terme.

Pour en savoir plus, rendez-vous à la conférence de Nicolas Césard « De la collecte à l'apiculture de l'abeille géante en Indonésie », le lundi 12 juin à 12h30, dans l'auditorium Jean Rouch du musée de l'Homme, à Paris.