Si Jacques-Marie Bardintzeff célébrait, à l’automne dernier, sa centième expédition, le feu sacré qui l’anime ne s’est jamais éteint. Une passion qu’il partage avec ses étudiants comme avec le grand public, que ce soit dans des ouvrages ou sur son blog Volcanmania .

Exaltation et données scientifiques

En quarante ans de carrière, Jacques-Marie Bardintzeff s’est confronté aux plus célèbres volcans du monde. Du légendaire Vésuve, en Italie, en passant par le piton de la Fournaise, coeur bouillonnant de la Réunion, il leur dédie sa vie. « Je réalise trois à quatre expéditions par an », confie-t-il. Si « les éruptions sont à chaque fois différentes », pouvant se matérialiser sous forme de « coulées de lave comme à Hawaï ou de panaches de cendres comme au Guatemala », l’émotion, elle, demeure la même. « Quand on se retrouve face à la nature qui s’exprime de la sorte, on se sent tout petit. C’est un mélange de respect et d’admiration ». Toutefois, nuance-t-il, « quand le volcan se trouve près d’une zone habitée et que des populations sont menacées, c’est une grande tristesse qui domine ».

L’une de ses plus belles expériences ? Sa première expédition, en décembre 1978, au Guatemala. « Il y avait trois volcans actifs : le Pacaya qui répandait des coulées de lave, le Fuego duquel émanaient des projections de cendres et le Santiaguito qui s’épanchait en nuées ardentes. J’en garde un souvenir impérissable ». Des souvenirs, le volcanologue s’en est forgé bien d’autres, comme lors de ses voyages à Hawaï, au coeur du parc national des volcans. Le Kilauea est d’ailleurs l’un de ses préférés. Mais en tant que scientifique, il ne se contente pas d’observer « la beauté de ces feux d’artifice naturels », il les étudie. « Lors d’une éruption, les roches situées à une centaine de km de profondeur remontent à la surface. En les analysant, nous pouvons reconstituer la partie cachée du volcan. Il s’agit aussi de comprendre son passé pour appréhender son présent et son avenir avec, en filigrane, la prévention des risques et la protection des populations qui pourraient être menacées ». Un vaste programme dont il a accepté d’éclaircir certains points. Á commencer par le mécanisme d’une éruption.

Précis de volcanologie

Aussi mystérieux que puissent paraître les volcans, ces derniers ont de moins en moins de secrets pour les scientifiques. « Si nous ne pouvons pas descendre en leur centre comme l’avait imaginé Jules Verne, car la terre y est essentiellement solide malgré la forte chaleur, nous les connaissons bien », explique Jacques-Marie Bardintzeff. Pour comprendre leur mécanisme de réveil, il faut savoir que le magma se forme à une centaine de km de profondeur. « C’est très superficiel au regard des dimensions de la planète. Cela correspond environ à la distance entre Paris et Orléans ».

Cette « pâte », selon l’étymologie grecque, se forme lorsque « la température et la pression s’équilibrent. Par endroits seulement, le manteau terrestre fond légèrement : c’est le magma. Plus léger que les roches, il remonte à la surface, s’insérant dans les fissures. Parfois, il se solidifie en cours de route, dans d'autres cas, il fait éruption. S’il coule, on parle d'éruption effusive tandis que s’il se pulvérise, c’est une éruption explosive. Lors de chacune d’elles, les dépôts s’ajoutent aux précédents et le volcan grandit petit à petit jusqu’à former un cône ou une montagne. Mais il peut aussi s’effondrer », détaille le scientifique. Les éruptions de lave durent en moyenne une quinzaine de jours mais certaines prennent bien plus de temps. « Celle de la Soufrière de Montserrat aux Antilles a duré 18 ans ». Une éternité à l’échelle de l’Homme, contraint de respecter « le rythme géologique de la Terre ».